vendredi 16 décembre 2016

Ils reviendront (Pensées pas drôles )


15 décembre au matin, les premiers convois de civils quittent Alep.
Les bus verts démarrent et s’éloignent lentement d’Alep en direction d’Idlib, une zone contrôlée par les rebelles.
Certes, vu de mon salon, c’est le soulagement qui prévaut. Ces civils ne vont plus être coincés sous les bombes.
Puis d’autres réflexions arrivent.
Ils ont fermé leur porte à clé (pour ceux qui avaient encore une porte) et ont quitté leur maison.
Pourront-ils y revenir un jour ?

La chanson de Fairouz qui a fait vibrer tant de palestiniens exilés me revient en mémoire. 

Puis l’image de la clé.

Celle qui se transmet de génération en génération s’impose aussi.

A nouveau des hommes, des femmes et des enfants  sont contraints à l' évacuation. L'histoire se répète encore et encore.

Ils choisissent l'exil mais ont-ils le choix?
Car soyons en sûr, ils ne voient pas Assad comme un libérateur.

Ces enfants qui partent, emportent la haine dans leurs bagages. 

Cette haine grandira avec eux et ils reviendront un jour chercher vengeance.



La clé que l’on serre dans son poing y imprime sa marque indélébile.





vendredi 18 novembre 2016

Servant(e)

Dans une paroisse très chère à mon cœur, un groupe de « servantes de la liturgie » se met en place...

J’ai l’occasion d’en voir tous les étés dans la paroisse de vacance de mes beaux-parents depuis quelques années.
Elles sont arrivées en même qu’un « camp de Vacances » disparu depuis, dont les prêtres avaient été autorisés à faire des messes en latin, dos au peuple dans la cathédrale. 
Cette année, il n’en restait que deux, avec leurs bandanas blancs et leurs capes blanches.
Il semble qu’il y ait des problèmes de recrutement et dans d’autres paroisses aussi si on en croît cet appel d’une paroisse parisienne.


Il faut dire que l’argumentaire publicitaire est un vrai repoussoir :
 « C’est un vrai "travail" de filles : être attentive aux petits détails, à ce qui rend la liturgie, la prière et la communion des chrétiens plus vraies et plus profondes. Les servantes d’assemblée sont placées au niveau des premiers rangs et interviennent pour différentes tâches qui facilitent le "travail" des servants d’autel, aident les gens à mieux prier ou à se déplacer plus facilement » 
Copié collé à partir du site d’une paroisse que je ne nomme pas par pure charité chrétienne

Depuis quelques années un sexisme inapproprié en Eglise reprend du poil de la bête.
On commence par des réflexions  aux filles servantes d’autel de la part de diacres, d’autres servants d’autel, pour bien leur faire comprendre qu’elles n’ont rien à faire là, même si le curé les trouve à leur place.  Le service de l’autel est une affaire d’hommes.
Puis une fois entériné dans les faits, une fois les servantes d’autel disparues du paysage, on propose aux éventuelles nouvelles postulantes un truc trop bien : Tan daaan … Servante de salle ! Génial !!!
Et il y même la panoplie de Servante qui va avec !  Parce l’aube (symbole du baptisé) c’est réservé aux mecs et que toi ma fille c’est mieux que tu te couvres les épaules et peut être les cheveux non ?
Au passage je fais remarquer que leurs « services » sont effectués sans problème dans les autres paroisses par des laïcs sans cape et sans bandana, mâles et femelles.
Je ne peux résister au plaisir de citer aussi Sr Céline, vierge consacrée responsable des servantes d’assemblée sur deux paroisses : « On peut dire que les filles sont l’image de l’Église, épouse du Christ, et les garçons celle du Christ serviteur, tête du corps de l’Église. »
Trop bien ! Un papa, une maman et les cochons seront bien gardés.  On croit rêver.
Alors pour justifier le truc, on cite Benoit XVI (On cite toujours Benoit ou Jean Paul quand ça arrange et comme ça arrange)
Benoit donc qui s’adressait en 2006 aux servants d’autel (et pas aux servantes hein
On oublie pourtant son discours plus récent en 2010 dans lequel il s’adresse aux servants et aux servantes d'autel (AAaargh)
Oui je sais, ça ne fait pas parti du magistère mais la servante non plus.

Dans une paroisse très chère à mon cœur, un groupe de « servantes de la liturgie » se met en place...
Je pense qu’à Noël cette année, j’irai ailleurs.

Je ne veux pas que ma fille, ancienne servante de cet autel voit ça et claque la porte. 

mercredi 16 novembre 2016

Egalité? Et puis quoi encore !

Quelqu’un disait du christianisme que c’était une secte juive qui avait réussi. 
Je ne suis pas une spécialiste de l’histoire des religions mais il faut bien reconnaître que la conversion de Constantin a grandement favorisé la croissance de l’église.
Il est en effet plus aisé et stratégique de rallier le Christ lorsqu’il est soutenu par l’empereur Constantin que lorsqu’il est mis en croix par le représentant de l’empereur Tibère.
Cette « réussite » a fait de ma religion une source et une caution du pouvoir étatique dans bien des pays.
Bien sûr il y a eu des François d’Assise, des Luther, des abbés Pierre, des hommes et des femmes qui ont vécus leur foi en résistant à la tentation du pouvoir et des ors. Bien sûr ils sont donnés en exemple dans nos églises mais il faut bien reconnaitre que la chrétienté s’est répandu avec le pouvoir en Europe et ailleurs, réglant les rapports sociaux, la vie familiale et même individuelle par la morale.

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Par conséquent, le modèle de l’homme bien dans la conception européenne aux racines judéo-chrétiennes est celui qui répond à l’application (au moins en façade) d’un certain nombre de normes. Il est marié, blanc, avec des enfants, droit dans ses normes, fidèle aux messes et aux quêtes. Il est charitable avec ceux qui sont dans le besoin (mais n’en pense pas moins). Il s’apitoie sur ceux qui sont hors norme (parce qu’il sait en son for intérieur qu’il est exemplaire, un modèle à suivre).  
Si cet homme bien est en voie de disparition, il en reste quelques spécimens mais surtout des scories normatives.
En effet, à l’heure actuelle, la morale chrétienne relève de l’histoire, de la culture. La société s’organise différemment en s’appuyant sur des principes qui pour certains n’auraient pas déplus au Christ (L’égalité de tous y compris les minorités par exemple) mais qui ont le don d’hérisser le poil de notre homme modèle.
Cette égalité est le problème majeur de l’homme en société. Intuitivement on sent bien que tous les hommes sont égaux mais dans les faits, nous recherchons tous à être « plus » que les autres.
L’égalité nous fait peur parce qu’inconsciemment ou pas, nous voulons avoir des pauvres, des marginaux, des arabes qui nous permettre de nous sentir mieux qu’eux.
Si les minorités la ramènent et demandent l’égalité, c’est insupportable parce que non seulement ils ont alors les mêmes droits que nous mais ils nous font tomber de notre piédestal reléguant aux oubliettes notre rôle de modèle exemplaire.
Si les habitants des pays plus pauvres ne se contentent pas de nos miettes charitables distillées en local et viennent s’installer dans nos rues pour prendre leur part du gâteau, C’est insupportable. Il ne manquerait plus qu’ils deviennent diplômés… comme nous !
Alors, la réaction est violente, on s’arque boute, on vote Trump, Brexit ou Le Pen.
C’est ce qui est à l’œuvre en ce moment dans nos sociétés.

Vous me direz mais pourquoi lier le christianisme avec cette réaction? Je ne lie pas le christianisme mais ses dérivés et dérives: Un modèle d’homme fantasmé qui est bien loin de celui qui devrait nous guider : Le Christ.