lundi 5 mai 2014

Qui suis-je pour juger ?



Je suis profondément triste depuis quelques temps en lisant sur les réseaux les messages des uns et des autres au sujet de l’homosexualité. Chaque article déclenche des tonnes de commentaires dans lesquels transparaissent des blessures et un sentiment d’incompréhension de part et d’autre.
Jusqu’à maintenant j me suis abstenue de m’en mêler mais j’aimerai juste proposer une voie pour permettre de sortir de ces déchirements.
Le pape François qui connait bien la Parole de Dieu a dit : Qui suis-je pour juger ?
En y réfléchissant, cela m’a rappelé les paroles du Christ lorsque l’on interroge à propos de la femme adultère.
Relisons ce texte.
Jésus se rendit au mont des Oliviers. 2 Mais dès le matin il revint dans le temple et tout le peuple s'approcha de lui. Il s'assit et se mit à les enseigner.
3 Alors les spécialistes de la loi et les pharisiens amenèrent une femme surprise en train de commettre un adultère. Ils la placèrent au milieu de la foule
4 et dirent à Jésus: «Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère.
5 Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes. Et toi, que dis-tu?»
6 Ils disaient cela pour lui tendre un piège, afin de pouvoir l'accuser.

Mais Jésus se baissa et se mit à écrire avec le doigt sur le sol.
7 Comme ils continuaient à l'interroger, il se redressa et leur dit: «Que celui d'entre vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.»
8 Puis il se baissa de nouveau et se remit à écrire sur le sol.
9 Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus âgés et jusqu'aux derniers; Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu.
10 Alors il se redressa et, ne voyant plus qu'elle, il lui dit: «Femme, où sont ceux qui t'accusaient? Personne ne t'a donc condamnée?»
11 Elle répondit: «Personne, Seigneur.» Jésus lui dit: «Moi non plus, je ne te condamne pas; vas-y et désormais ne pèche plus.»]


Un peu comme Jésus,  je me sens sommée de condamner pour être en conformité avec la loi et comme lui, je sens le piège.
D’un coté si je ne condamne pas, je me place hors « la loi », d’un autre coté si je condamne, je me place loin de mes frères dans la foi.
Le pape l’a bien compris lui aussi en disant Qui suis-je pour juger ? Tout comme Jésus répond Que celui d'entre vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.
Il est intéressant de lire la suite aussi. Bien sûr personne n’étant sans péché, personne ne la lapide et nous ?
Je pense que pour condamner un comportement,  il faut soit même être absolument clean sur ces sujets comme sur d’autres et personnellement je m’en garderais bien.
Jésus va très loin, non seulement il ne condamne pas mais il offre la solution : vas- y et ne pèche plus.
Il ne nie pas le péché, mais il ne condamne pas et tends la main.
Bien souvent je me trouve devant mon péché, que je définis comme une blessure dans ma relation aux autres et à Dieu, bien souvent je l’avoue, j’accueille le pardon et je retombe.  Et chaque fois j’entends de nouveau «  vas-y et ne pêche plus ».
Comment pourrais-je en demander plus aux autres qu’à moi-même.
Certains pourraient me dire qu’il n’y a pas péché et qu’en effet nulle part le Christ n’a condamné l’homosexualité.
D’autres reprennent l’ancien testament qui parle d’abomination*
Je pense pour ma part, que dans tout homme et dans toute femme, il y a du bon, moins bon et même du mal et que chacun avec le secours de la prière, de la lecture de la Parole peut discerner ce qui est bon dans ses rapports aux autres et à Dieu.
Je pense qu’il y a des souffrances et joies vraies dans les couples homosexuels comme dans les autres.
Je reprends donc à mon compte le « qui suis-je pour juger » du pape.
J’adhère à la doctrine de l'église parce que je pense en effet qu’elle est bonne pour moi, pour mon couple et ma famille et même pour le monde mais il m’arrive de ne pas la suivre en conscience sur certains points et je ne me sens pas coupable d’un péché pour autant si d’autres éléments entrant en balance me font choisir ainsi..
Je peux ainsi comprendre que d’autres fassent de même.
Certes on peut me rétorquer que je suis relativiste.
Peut-être mais je ne le pense pas si  je ne blesse ni moi, ni ma relation au frère ni ma relation à Dieu qui sonde mon âme et me connait et m’aime.
Je reprends une dernière fois le texte de Jean
Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu.
Je lui fais confiance, au creux de ma prière il sait me dire ce qui me fait avancer vers lui et il est là avec  moi et tous ceux qui le prient.

Alors prions.

*Sont aussi des abominations : Malhonnêteté (Proverbes 12:22: Fierté arrogante (Proverbes 16:05: Ignorance de la loi de Dieu (Proverbes: 28:9 Concevoir le mal et la discorde (Proverbes :6:16-19 )
                                         

4 commentaires:

  1. Bonjour,
    En matière de jugement, il est bon de reprendre toute la première épitre de saint Paul aux Corinthiens. Dès le début, ça part du tonnerre! Deuxième verset du premier chapitre: les saints jugeront le monde. Troisième: pourquoi pas, à plus forte raison, les affaires de cette vie? Et somme toute pour reprendre une liste, non d'abominations, mais de ceux qui ne posséderont pas le royaume des cieux: les impudiques, les idolatres, les adultères, les efféminés, les infames, les voleurs, les avares, les ivrognes, les calomniateurs, les rapaces. Versets 9-10.
    Tout ça pour dire que le pape François parle de juger des personnes, dans le cas de la citation envers les homosexuels, mais qu'ailleurs il ne se gène pas pour conserver la situation telle qu'écrite dans le CEC (n°2357-2359), soit que les relations entre hommes ou femmes du même sexe ferment l'acte sexuel au don de la vie. En reprenant la déclaration "Persona humana", les actes d'homosexualité sont intrinsèquement désordonné.
    Entre juger des actes et des situations d'une part, et des personnes d'autres part, il y a un fossé. Et en matière de sexualité, le Christ est quand même assez clair: l'homme quittera son père et sa mère, s'unira à sa femme et ils ne formeront qu'une seule chair. S'il continue sur le divorce (en le condamnant), il condamne en même temps les unions du même sexe, sans abolir la loi mais en l'accomplissant.
    On peut tout à fait condamner un comportement en étant pas clean du tout: au contraire, si on a participer à une erreur et qu'on en a subi les conséquences, on est bien placé pour savoir le mal que ça peut provoquer. Le saint est celui qui se relève toujours, pas celui qui ne tombe jamais. Celui qui est tombé et qui s'est relevé est très bien placé pour savoir les souffrances qu'entraine le péché et par là-même est très bien placé pour condamner les actes (devoir de justice) tout en devant conserver la plus grande bonté envers la personne (devoir de miséricorde).
    La solution de Jésus: Va et ne pèche plus, implique de reconnaitre le péché comme péché. Ceux qui considère un péché comme un bien vont aller, et recommencer à péché. Faire croire qu'un péché n'en est pas un, c'est tronquer la solution et conduire à plus de malheurs et de souffrances.
    Mettre sur un même plan deux situations intrinsèquement différentes (un couple sexuellement différencié et naturellement ouvert à la vie et un couple sexuellement identique et naturellement stérile) c'est se couper de certaines fins bonnes, et par là-même dévaluer celles-ci.
    On peut blesser sans le savoir. On peut blesser une personne toute sa vie et mourir sans s'en être rendu compte. Si vous en avez déjà fait l'amère expérience (blesser quelqu'un sans s'en rendre compte, et pendant longtemps), alors vous pouvez comprendre qu'il ne faut pas s'arrêter à ce qu'on sent, ou ce qu'on pense, mais aller au fond des choses, et chercher à savoir pourquoi ceci est considéré comme bon ou mauvais, comme un bien pour notre âme ou comme un péché contre Dieu.
    Alors oui, effectivement, prions.

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  2. Merci pour votre commentaire qui rapelle la doctrine que je connais comme vous.

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  3. Merci pour cet article!

    Un petit regret néanmoins (je ne suis jamais content ;-) ): on reste, dans ce billet comme dans les propos du Pape auxquels tu emprunte ton titret me semble-t-il, sur un discours centré sur le péché, aussi évangélique et bienveillante que soit l'approche proposée.

    Pourquoi ne pas poser franchement la question d'une relation homosexuelle qui soit sanctifiante, à la manière dont l'Eglise reconnait déjà que la sexualité hétéro peut l'être, ainsi que nous le suggérait la premier billet que Baroque a écrit sur le "mariage pour tous" (http://baroqueetfatigue.wordpress.com/2012/10/04/la-saintete-pour-tous/) ?

    C'est d'ailleurs le problème de cette fameuse distinction entre personne homosexuellle et acte dont certains ne cessent de nous vanter les mérites. Cette distinction "univocise" l'acte, en mettant toute la complexité humaine du côté de la personne. Mais pourquoi ne pas distinguer entre certains actes homosexuels qui pourraient être dégradants, de même que de toute évidence certains actes hétérosexuels le sont, et d'autres qui actualiseraient une véritable vocation et qui seraient chemins de sainteté?

    C'est cette question qui est constamment évitée par les adeptes du "réfléchissons sur la pastorale des homosexuels et tout ira mieux", très vraisemblablement, selon moi, parce qu' elle ne touche pas seulement à la pastorale, mais aussi (et surtout) à la doctrine. Et pourtant, pour les homosexuels qui tente de conjoindre leur sexualité et leur baptême chrétien, .ou qui tout simplement tente d'affirmer la dignité de leur amour, c'est primordial.

    D'où l'irritation suscitée par cette manière prononcée, de la part des catholiques "modérés", de tourner autour du pot plutôt que de rentrer dans le vif du sujet, et les "blessures".

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  4. Emmanuel, merci de ton commentaire. Comme tu l'as sans doute remarqué, je me positionne en effet en partant du principe que la doctrine est ce qu'elle est et quelle est bonne. Si je ne m'y conforme pas toujours et si je trouve en effet justifié parfois de ne pas m'y conformer, je ne demande pas à l’église de reconnaître mes divergences comme doctrine.
    Quand aux "étiquettes" et "chapelles", franchement...cela me saoule.

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