samedi 31 décembre 2011

Mes vœux pour 2012 : révoltés, indignés, résignés, espérez !


L’année 2011 a été celle des révolutions au sud et des indignations autour de nous. Pour nous, il semble que cette année a été plutôt celle de la crainte du lendemain et de la résignation.

Demain, c’est une nouvelle année qui commence, et mon vœu le plus cher est qu’elle soit pour tous, celle de la joie d’une vie refondée sur le bonheur partagé et non sur un bonheur superficiel construit sur le sable des désirs jamais comblés.

Je nous souhaite donc solidarité, sobriété, inventivité, opiniâtreté et surtout beaucoup d’amour pour faire de 2012, l’année de l’espérance volontaire et constructive.

mercredi 28 décembre 2011

Le bien commun, une responsabilité partagée.


Le bien commun c’est-à-dire, la justice économique, la solidarité sociale et la viabilité environnementale est mis à mal depuis de nombreuses années et nous atteignons le point de non-retour. Les uns défendent l’idée que l’état doit être le garant du bien commun, les autres pensent que l’état dans sa forme actuelle ne peut jouer ce rôle. Pour ma part, je soutiens l’idée que le bien commun est de la responsabilité de tous  (Etat, entreprises et individus) et déjà de la mienne.

En effet, le bien commun n’est pas un objectif pour les entreprises même si les discours managériaux et les annonces institutionnelles nous vendent de nouvelles entreprises citoyennes du monde et responsables. L’entreprise et le monde financier n’ont jamais eu pour objectif le bien commun mais leurs intérêts propres.  Toutefois, il est toujours possible de les amener à s’y intéresser s’ils y trouvent une utilité.

Prenons par exemple le maintien de l’emploi.  Les entreprises n’ont aucun intérêt propre au maintien de l’emploi en un lieu, il faut donc leur en procurer un,  en les favorisant  fiscalement ou en en baissant  les charges sociales. Toutefois, il faut dans le même temps  leur imposer le remboursement des avantages donnés si elles ne respectent pas leurs engagements.   Lorsque des entreprises bénéficiaires mettent en place des plans de « sauvegarde » de l’emploi tout en délocalisant les services (relations clientèle au Maroc, DRH en Pologne, DSI en Inde) comme elles l’ont fait hier avec la production, c’est de la responsabilité de l‘Etat de leur faire payer le cout de leurs décisions.  En ce sens, l’Etat peut défendre le bien commun en donnant une responsabilité sociale aux entreprises.
Mais le bien commun est aussi mis à mal au niveau individuel. Les consommateurs préfèrent acheter peu cher que d’acheter les produits qui garantiront les emplois de demain.  L’argument habituel est qu’entre deux produits, je choisi celui qui est le moins cher car mon pouvoir d’achat est limité. Pourtant, dans  bien des cas, le « acheter moins cher » cache surtout un « acheter plus ». L’état aura beau défendre le bien commun, si nous ne prenons pas nos responsabilités, il ne pourra rien.

Les entreprises  produisent  ailleurs pour produire plus et moins cher pour satisfaire un consommateur qui veut acheter moins cher pour acheter plus. Alors assumons nos propres responsabilités. Cessons de privilégier la course à la consommation à bas prix. 




Retrouvons le vrai sens des mots utile, bon, et vrai dans notre quotidien


jeudi 22 décembre 2011

En m’approchant de la crèche



En m’approchant de la crèche, j’ai  envie de déposer au pied de l’enfant, les jolis cadeaux  que j’ai reçu cette année, ces visages que je garde au chaud dans mon cœur, ces évènements qui m’ont fait bouger.


Les chrétiens d’orient qui m’ont  fait ressentir la honte de ne pas avoir le courage d’affirmer ouvertement ma foi par peur des quolibets quand d’autres riquent leur vie.






Ce pape béatifié qui me répète sans cesse lui aussi de ne pas avoir peur de suivre le Christ



Cette jeune mère qui se meurt pour un blasphème pendant que nous ergotons sur le caractère blasphématoire d’un picnic gerbatique

.

Cette église qui m’appelle à vivre mon baptême




Ces dominicains, qui m’aident à progresser dans ma connaissance théologique
(et il y a du boulot)




Ces petits chercheurs de Dieu  que j’accompagne modestement  mais surtout dans la joie tous les dimanches avant et pendant la messe .


 Mais aussi les plus grands qui prennent en main leur vie d’hommes et de femmes mais aussi de chrétiens  engagés dans le monde.





Je vous dépose tous devant la crèche, vous qui faites grandir ma foi en l’homme et surtout en Dieu.

mercredi 21 décembre 2011

Nous perdons le triple A, gagnons le triple E


Nous allons sans doute perdre le mythique triple A, garant de notre salut d’endetté. La crise de la dette répand ses miasmes dans l’économie réelle et  les remèdes de cheval que l’on nous promet peuvent être pires que la maladie en nous plongeant dans la récession.
Face à cette situation dont nous ne saisissons pas encore toutes les conséquences, nous avons pourtant une issue possible : remettre l’homme au centre. Le centre que j’évoque là n’est pas un positionnement sur l’échiquier politique  (même s’il est pour moi « the good place to be »). Il s’agit plutôt de mettre l’homme comme exigence, comme priorité dans nos choix personnels et collectifs.

Plutôt que de nous focaliser sur le mantra apocalyptique en vogue (triple A, triple A), envisageons un avenir en centrant nos efforts sur le triple E : 
Economie, Ethique, Environnement homo-centrés.


Mettre l’homme au centre en matière économique, c’est au niveau de l’Etat, faire des choix guidés par la justice et la solidarité. C’est aussi remettre les finances au service de l’homme et pas le contraire. C’est repenser la finalité de l’entreprise qui  n’est pas uniquement le bénéfice des actionnaires mais qui doit être de façon équitable aussi celui des collaborateurs. Loin de moi l’idée de prôner un come-back marxiste, mais plutôt un capitalisme doté de raison ou de façon moins utopique un capitalisme ré-humanisé.

Mettre l‘homme au centre en matière éthique, ce n’est pas encourager les dérives individualistes mortifères mais plutôt mettre le respect de la dignité de l’homme au centre de nos préoccupations de la conception à la mort.  Par exemple, si  je ne demande pas que l’on revienne sur l’avortement légal, nous devons offrir un choix réel en impulsant une politique d’assistance aux mères en détresse et aux parents d’enfants handicapés et remettre à l’ordre du jour un discours de responsabilité auprès de nos jeunes.

Mettre l’homme au centre de son environnement, c’est freiner notre course à l’hyperconsommation, favoriser les productions locales et respectueuses de notre environnement et s’engager fermement dans la recherche d’énergies  alternatives.

Gagnons le triple E et en bonus, nous en aurons un quatrième l’Espérance.


A voir à ce sujet: http://www.chretiensindignonsnous.org/

lundi 19 décembre 2011

Les errants du net


Il suffit qu’un article sorte sur le net  concernant le pape pour les commentateurs se déchainent. La majorité des post sont d’une violence incroyable et les insultes pleuvent. Ce déferlement n’est certes pas propre à ce sujet mais les messages du Pape sont sans doute au top de hit des vengeurs masqués et l’anonymat du net permet de vider sa hargne sans vergogne.
Dressons donc le portrait de cet anonyme
D’abord, le choix du pseudonyme, il contient bien souvent une référence à la liberté, l’anarchie, ou parfois à  la justice. L’objectif étant de se donner une image  qui rehausse son estime de soi.  Regarder moi, je ne dis pas mon nom mais je vous présente mon identité imaginaire. Celui que je voudrais être, un révolutionnaire libertaire sans Dieu alors que je ne suis qu’un lambda qui erre sur le net à la recherche d’un moyen de montrer que j’existe et que je m’exprime.


Jeune ado en recherche d’une identité, vieil aigri qui occupe sa retraite, il ne cherche pas le dialogue et se complaît dans son monologue électronique. Ce troll est finalement bien à plaindre.
On trouve aussi, les athées guerriers. Ils crient haut et fort qu’ils ne croient pas en Dieu et qu’ils conchient l’église. Je m’interroge toujours sur le sens profond de leur esprit missionnaire. Si vraiment, ils sont athées, quel besoin ont-ils d’insulter ce Dieu qui pour eux n’existe pas ? Pourquoi les intéresse t’il tant ?
Enfin, on croise aussi de nombreuses personnes que le message de l’église questionne sur leurs failles et qui plutôt de se remettre en cause, préfèrent briser le miroir qui leur renvoie une image qui les dérange.


Quoiqu’il en soit, plus de misère que de haine véritable, plus d’aigreur désabusée et de solitude  que de christianophobie.

J’espère que ces errants du net trouverons la paix.

vendredi 16 décembre 2011

Tu ne tueras pas




Depuis quelques temps, je croise sur le web des bloggeurs et des commentateurs qui  souhaitent la remise en cause de l’abolition de la peine de mort en France et soutiennent par ailleurs que l’église n’est pas contre la peine de mort.
Certes, Benoit XVI a indiqué  dans une note aux évêques américains en 2004 que les catholiques peuvent légitimement avoir des opinions différentes sur la guerre ou la peine de mort mais il exhorte dans le même temps  les autorités civiles à faire preuve de modération et de miséricorde dans l’application d’une peine aux criminels.

Rappelons qu’avec la révision du 22 février 2001, le Vatican a aboli la peine de mort du texte de la Loi fondamentale  et que Jean Paul II lors de son voyage à Saint Louis en 1999 disait : « Un signe d'espérance est constitué par la reconnaissance croissante que la dignité de la vie humaine ne doit jamais être niée, pas même à celui qui a fait le mal. La société moderne a les moyens de se protéger sans nier de façon définitive aux criminels la possibilité de se racheter (cf. Evangelium vitae, n. 27). Je renouvelle l'appel que j'ai lancé tout récemment à Noël en vue d'un accord visant à mettre un terme à la peine de mort, qui est à la fois cruelle et inutile. »
Dans le catéchisme de l’église catholique (2267), la peine de mort est dite possible dans des cas d’absolue nécessité qui sont désormais pratiquement inexistants et  Benoît XVI a prôné l’abolition de la peine de mort dans le monde, lors de l’audience générale du 30 novembre 2011.
Certes, le Conseil interreligieux du Nigeria a demandé à ce que la peine de mort vienne sanctionner la participation des islamistes de Boko Haram à la série d'attentats meurtriers qui terrorisent le pays depuis plusieurs mois. Cela  ne veut pas dire que l’évêque catholique Mgr John Onaiyekan soit pour la peine de mort. Il y a 5 catholiques sur 50 membres  au Nirec et leur voix n’est donc pas prépondérante alors que tant les autres chrétiens (évangélistes, pentecôtistes etc.), que les musulmans sont pour la peine de mort. La peine de mort est d’ailleurs toujours en vigueur dans ce pays.
Au même moment,  Mgr Jozef Michalik a défendu la proposition de rétablissement de la peine de mort soutenue par le parti Droit et Justice mais ses propos ont été immédiatement démentis par la conférence épiscopale polonaise.
Alors, continuer à prétendre trouver dans l’église une justification à la peine de mort est une ineptie. Si certains sont pour la peine de mort, qu’ils assument leurs convictions comme de grands garçons et de grandes filles sans chercher de caution ecclésiale.
Pour ma part, j’en reste au texte fondateur : tu ne tueras pas.

mardi 13 décembre 2011

Science sans conscience ....


Je suis d’une famille de paysans. Non, ce ne sont pas des agriculteurs, leur rapport à la terre est plus qu’un métier codifié par l’Insee. Une dizaine de vaches, des prés pour les nourrir, un peu de mais pour les poules, une petite vigne pour la consommation familiale, des noyers,  des fraises pour payer les extra.   Dans les années 70, on leur a dit qu’il fallait produire plus, rationaliser leur production, et ils ont regardé leurs jeunes  voisins s’endetter auprès du CA pour monter des élevages modernes, pour acquérir des machines de plus en plus performantes. Certes,  ma famille a elle aussi acheté un tracteur mais chez elle, pas d’élevage en batterie, le veau sous la mère, pas de fraises poussées aux engrais et pesticides, des petites fraises gouteuses qui se font attendre.  Dans ce coin paumé, pas de coopérative agricole, mais l’entraide paysanne.  Ils n’ont jamais utilisé de farines animales, utilisant du maïs concassé fait maison pour compléter le foin d’hiver et leurs vaches broutaient au pré.
Vous me direz, ils ont refusé le progrès et si tous les paysans avaient fait comme eux, nous serions en pénurie alimentaire. J’entends bien mais mais ils ont fait preuve de bon sens paysan en ne se laissant pas séduire par des promesses mirifiques que beaucoup payent cher maintenant, nous compris. 

Les besoins alimentaires devenant énormes, on a cherché à produire toujours plus, développant la productivité agricole grâce aux engrais, pesticides et machines. Nous avons voulu maîtriser la nature pour le bien du plus grand nombre. Cet effort était louable et nous avons été peu circonspects sur les méthodes.
Il aura fallu quelques catastrophes pour que nous prenions conscience des limites de l'agro industrialisation. 
Les industriels de l'agro alimentaires ont été des apprentis sorciers mais ce stade est dépassé et ils nous expliquent désormais, qu'ils sont les seuls a faire face aux enjeux environnementaux (pollution par les pcb et les pesticides) qu'ils ont créé hier. Ils se déclarent en lutte contre la faim dans le monde et paradoxalement, ils affament les paysans du tiers monde. La palme d'or revient à l'opération généreuse à Haiti. 
Demain ils se prendront- ils pour des dieux créateurs auxquels nous devrons apporter nos offrandes ? 

Voyons par exemple Monsanto qui n'a de saint que le nom

Mosaïque de 200 000 graines. ici

Un bref état des lieux:
   
Les OGM:  Le conseil d’état a annulé le moratoire sur le maïs transgénique Monsanto et il ne sera pas être facile de le maintenir malgré tout.  

Les agriculteurs sont malades, victimes des pesticides du groupe … Monsanto

La biodiversité des semences est un souvenir lointain en France depuis que les semenciers ont fait main basse sur ce marché. La situation ne va pas s’améliorer puisque les agriculteurs n’ont désormais plus le droit d’utiliser leurs propres semences et celles de leurs voisins. De plus, les semences anciennes sont interdites. Monsanto and Co

Et demain les animaux ? 
Les farines animales pourront bientôt être réintroduites grâce à Monsanto qui s'apprête à déposer des brevets pour des animaux d'élevage. Le poulet exempt de fièvre aviaire, le bovin sans maladie de la vache folle, le porc formaté Monsanto ne sont plus une utopie mais une réalité proche. 


La nature est sous la responsabilité de tous et elle est le patrimoine de tous (présents ou à venir).  
Elle ne doit pas devenir l'apanage de quelques uns. La science peut permettre beaucoup à l'humanité si est n'est pas confisquée par un monopole incontrôlable.













lundi 12 décembre 2011

Décorations ... hors concours.


Hier soir, la bataille annuelle a commencé sur ma place. Mes voisins se déchainent. A qui fera les plus  belles illuminations.
Débauche de guirlandes électriques et de pères noël  férus d’escalade de façades. Il faut reconnaitre que dans la nuit, ça en jette.


Avec ma couronne de l’avent sur la porte et mon petit lumignon (lumière de Bethleem) sur la fenêtre,  ma façade parait bien cheap.
Entendons-nous bien, les décorations font partie de la fête  mais la fête ne se résume pas à ça.
Il y a quelques années, je participais allègrement à l’éclairage public moi aussi, avec un esprit de compétition très affirmé. Puis, j’ai réalisé que cela représentait beaucoup d’électricité finalement bien mal employée  et que l’esprit de winner qui m’animait n’était pas très catholiqueJ. J’ai donc supprimé les guirlandes électriques en les remplaçant par de gros nœuds sur les volets.


Cette année, j’ai franchi un pas de plus, j’ai laissé ma façade dépouillée, avec juste une petite flamme qui brille dans la pénombre et j’ai attaqué la décoration intérieure.


Je ne vous parle pas de la crèche et du sapin du salon mais plutôt des de toutes ces jolies boules de prière qui ornent nos cœurs dans l’attente, de ces guirlandes de solidarité et de charité que nous tentons de déployer autour de nous.


Jésus nous a donné l’exemple de la sobriété et de l’humilité en naissant dans une mangeoire, c’est notre chemin de l’avent. 

vendredi 9 décembre 2011

Le scandale du golgotha


« Nous n’avons pas honte de la croix du Christ, ni de Jésus cloué sur le bois, c’est notre salut. Il a été vaincu aux yeux du monde, exposé aux moqueries, couronné d’épines.  Pourtant il apporte la vie.
Dans un univers où la force l’emporte sur le droit, où le mépris des autres l’emporte sur le service de nos frères, le corps du Christ est une folie.
Qui pourra jamais croire qu’il a vaincu la mort, tué la haine et abattu le mur qui empêchait les païens d’accéder au sanctuaire ?
Des témoins l’ont vu vivant, touché. Nous les croyons parce la rencontre du ressuscité a transformé leur vie,  qu’ils ont témoigné jusqu’au don de leur vie et ils ont mis en pratique ce qu’ils avaient vu Jésus faire : pardonner, prier pour leurs persécuteurs et subir les humiliations que Jésus avait subi. Ils ont répandu sur le bassin méditerranéen  le feu de l’amour.
A nous d’accepter comme Simon de Sirène une part de la croix de Jésus, comme Véronique les  crachats sur sa face.
Depuis ce jour, rien ne pourra atteindre le corps de jésus offert en sacrifice. La personne de Jésus ne peut être acceptée si l’on n’est pas prêt à aimer. L’offense, est celle  de celui qui n’a pas pu accueillir la parole d’amour l’ignorance, la haine n’est pas un péché mais la face sombre de l’amour que nous ne savons pas vivre. »

Avec ses mots, le Cardinal Vingt-trois à accueillit les nombreux priants à la veillée hier soir.
 J’ai été marqué par ces quelques phrases.
Le scandale de la croix est une folie  à laquelle se heurte tous les jours notre monde.  C’est insupportable et croyants comme non croyants, il marque nos cœurs.  Se révolter par le rejet pourquoi pas ?
Mais ce soir j’ai entendu le Christ qui pardonne et aime ceux qui ne savent pas  ou refusent de savoir parce que le scandale est insupportable, inimitable et  inassumable.
Soyons humbles et reconnaissons tous, croyants ou pas que la barre est placée haut par le Christ en croix. La croix est une folie qui renvoie le monde à ses faiblesses.
Mais dans chacun de nous, il y a le visage du Christ. 
A moi de le trouver en moi et dans l’autre y compris dans sa colère et son rejet si humain finalement.
"Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes".
J’ai été marqué aussi à titre personnel par une phrase de la fin de la vénération : « Arbre bienheureux dont les branches portent le salut des  siècles »
L’arbre de Jonas n’est jamais très loin. Au lieu de râler et de nous énerver sur les actualités, contemplons le bois qui nous sauve.


mercredi 7 décembre 2011

Le Dimanche, c'est pas Picnic.


Dimanche dernier, il y avait apparemment pénurie de ministres de communion (les personnes qui sont habilitées à donner la communion) et comme j’étais en avance pour la messe, j’ai été commise d’office (autre nom pour le ministre de communion ?)  Sur le coup, je me suis dit : « attention pas de blague, il y a des règles, tu ne les connais pas (47 ans de messe dominicale, j’avoue mon inculture) donc copie sur les copains. Après tout je communie chaque dimanche, c’a doit pas être sorcier d’être de l’autre côté de l’hostie ».


Premier choc, je me suis retrouvée près de l’autel. Ce n’est pas rien l’autel au moment de l’eucharistie. Ce n’est pas une table de picnic (aucune allusion théâtrale je vous assure).  Le corps du Christ est posé sur la pierre, sur un linge blanc et lorsque que prêtre me l’a confié, j’ai compris qu’il était ressuscité là devant moi.
Deuxième choc, le prêtre m’a dit « allez porter le corps du Christ à vos frères ». Bon j’ai bien eu l’occasion dans ma jeunesse de participer à un partage de l’eucharistie, où chacun à notre tour, nous prenions une hostie dans la coupelle avant de faire tourner. Mais là rien à voir…
Enfin troisième choc, (et oui ça marche par trois) , je suis descendue dans l’assemblée et j’ai  présenté l ‘hostie à l’un puis à l’autre en disant « le corps du Christ ».  
47 ans de messe et là, d’un coup …  le corps du Christ. Je l’ai reçu bien des fois mais dimanche dernier je ne me suis pas contentée de dire Amen  de façon certes recueilli mais assez distanciée. J’ai énoncé et annoncé la présence du Christ dans l’eucharistie. J’ai plutôt l’habitude de parler vrai et cette parole, je l’ai assumé et elle a résonnée en moi.
 Merci  à celui qui m’a permis cette expérience qui change à jamais ma lecture de l’eucharistie.
Le corps du Christ.

lundi 5 décembre 2011

Majorité immature


Les coalitions menées par les islamistes auraient  recueilli entre 60 et 70% des voix en Egypte.
Fallait-il attendre autre chose ?  « Quiconque après une sédition aborde le peuple avec franchise, et lui promet l'impunité, l'épouvante et le rassure, plaint ses malheurs et le flatte, celui-là est Roi » (Saint Just).
C’est certes, une déception pour le bloc libéral et une inquiétude légitime pour les minorités religieuses mais le peuple a parlé (62% de participation).

Alors, pourquoi ce vote ?
Dans un pays sous dictature depuis si longtemps, la plupart des égyptiens préfèrent une stricte protection à une liberté qui fait peur. On profite donc de la possibilité de s’exprimer librement pour demander aussitôt la mise en place d’un nouveau carcan mais choisi celui-là.
Avec un taux d’alphabétisation bas, une pauvreté énorme, les associations cultuelles qui pallient aux carences de l’état en matière sociale, il était difficile de croire en l’avènement d’une démocratie « libérale ». 

Reste à espérer que les nouveaux maîtres de l’Egypte vont avoir à cœur de faire grandir leur peuple par l’éducation et le développement. Ce serait une démarche courageuse mais ne vont-ils pas préférer maintenir le statu quo qui les a amenés à la victoire?  Et même s’ils décidaient de s’engager dans cette voie, c’est une chose de quadriller le pays en distribuant la charité, s’en est une autre de gérer un pays.
Ils ne vont pas pouvoir longtemps se présenter comme les sauveurs du peuple et qu’adviendra-t-il alors ?
Personne ne s'en soucie. Les américains  et leurs alliés se sont délibérément orientés vers une acceptation d’un islamisme d’apparence occidentalo-compatible, comparable à celui qui s’est imposé en Turquie avec Erdogan.  Quant à la minorité de blocage des salafistes à la Choura  qu’ils ne devaient pas avoir prévu, elle ne doit pas les inquiéter plus que ça car les salafistes sont très largement financés par les dictatures wahhabites du Golfe persique, alliées des Etats-Unis et de l’Union européenne.

Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Qu'ils votent ce qu'ils veulent, nous arriverons toujours à nos fins. 
Mais c'est oublier un peu vite que des élections démocratiques n'amènent pas toujours la démocratie et que la démocratie n'est pas la loi de la majorité mais la protection de la minorité. 
Si demain les minorités égyptiennes sont laminées pour employer un terme politiquement correct, nous laverons nous les mains ?

vendredi 2 décembre 2011

21 12 2012, Saint Crétin, priez pour nous


Sectes New Age, boutiques spécial survie, bunkers individuels ou collectifs.
Notre pauvre Saint Jean en écrivant l’Apocalypse ne se doutait certainement pas du succès de sa prose.

Heureusement, d’après un ami bien informé, tant que les prophéties ne se seront pas réalisées la fin du monde n’aura pas lieu. La liste des prophéties étant plutôt longue, cela nous laisse de la marge.  Je vais vous éviter son énumération mais pour prendre un exemple, il faudra d'abord  que le temple de Jérusalem soit rebâti.Comme il faudrait pour cela abattre la mosquée Al Aqsa, je ne pense pas que cela arrive avant longtemps.


Je ne m’attarde pas  sur l’aspect commercial du trip fin du monde car  si il y a des gogos, il y a des marchands (sectaires ou pas) et c’est finalement un marché porteur. je ne porterais pas de jugement sur le syncrétisme en vogue dans ce mouvement. (ou saint crétinisme, oups j'ai jugé)
Je préfère me concentrer sur la fascination qu’exercent ces scénarios catastrophes. Leur attrait s’explique par la promesse d’autre chose, un monde meilleur en réponse à toutes les incertitudes de notre monde actuel et à toutes les peurs en l’avenir.  
Dans une analyse très égocentrée, le millénariste souhaite un monde meilleur pour lui  et donc il ne peut pas attendre la fin des temps, elle doit se produire de son vivant, pour lui.
La suite classique est la coupure avec le monde  pour se « préparer », pour éviter d’être contaminé et le mécanisme égocentrique se renforce de plus en plus.

Or c’est dans le monde que le royaume de Dieu se prépare et il y a pas mal de boulot à faire.  
Alors au lieu de serrer les fesses, retroussez vos manches.

jeudi 1 décembre 2011

Faut-il sauver le système ?


J’ai été élevée comme beaucoup d’entre nous avec l’idée que la démocratie1est la meilleure organisation politique. J’ai aussi été baignée dans l’idéologie selon laquelle le capitalisme2 comme organisation de l’économie était la solution la moins pire (par opposition au communisme).
J’avais bien noté certains dysfonctionnements mais je les imputais aux boucs émissaires que l’on voulait bien me proposer (l’Europe, la mondialisation, les marchés, les banques, les politiciens incompétents, l’oligarchie politique ou économique etc.) sans chercher plus loin.
Aujourd’hui, apparemment (les indices sont plutôt flagrants), le système politique et économique c’est enrayé. Certains iront jusqu’à dire qu’il est mort 3 et il semble que ni les économistes ni les politiques n’aient de solutions vraiment viables à proposer.
Il faut reconnaitre qu’il n’est pas aisé de réfléchir dans l’urgence et que la crise pousse plutôt les acteurs  à sauver les meubles (chacun les siens) qu’à se poser pour réfléchir. Le système est en faillite, que faire pour le sauver ? Peut-être faut-il plutôt se poser la question suivante. Faut-il le sauver ?
Il faut revenir à la cause finale de toute organisation humaine. Quelle est l’intention de notre organisation?

Depuis les premiers philosophes, il semble que nous pensons que le bonheur est préférable au  plaisir et que le bien commun n’est pas la somme des biens individuels. 
Pourtant, actuellement nous favorisons nos plaisirs  au bonheur (société de consommation) et notre bien individuel au bien commun. Nous avons perdu le sens  des mots et peut être aussi celui des valeurs que ces mots recouvrent.
Une petite digression à ce sujet, vous connaissez certainement cette pub «Le bonheur est dans le Vrai.» Je dis bravo au publicitaire qui a réussi à faire perdre tout sens profond à deux concepts fondateurs de notre société tout en surfant sur la vague écolo. Le bonheur, c’est donc de consommer et le Vrai est un produit (Toute ressemblance avec le  Vrai de Saint Augustin est fortuite).

Parallèlement, nous proclamons tous notre attachement aux valeurs universelles que sont la bienveillance4 et l'universalisme5. Elles répondent à notre besoin de lien mais elles sont antagonistes avec d'autres valeurs tout aussi universelles que sont la réussite et le pouvoir et qui répondent à notre besoin d’acquérir et de défendre.
Sommes nous clairs sur notre rapport a ces valeurs? Qu'est ce qui compte le plus pour nous à titre individuel, le partage ou la conservation de nos biens. (s'il s'agit du partage des biens des autres, nous sommes très clairs mais les nôtres?)

Alors faut-il sauver notre système ? S'il est la victoire de la réussite et du pouvoir d'une oligarchie sur une société qui souhaite vivre dans la bienveillance et l'universalisme, il faut répondre non. 
Mais que souhaitons nous vraiment et nous même à titre individuel ne préférons nous pas la réussite et le pouvoir a nos autres valeurs? Et finalement, ce qui nous chagrine n'est il pas plus le fait de ne pas appartenir à l'oligarchie dominante que le fait de cette domination. Nous voulons nous aussi profiter.

Pourtant un autre système est possible en remettant l’Homme et la Terre au centre de des décisions et des choix, à commencer par nos choix personnels. Mais le voulons nous?



1 Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple avec ces différentes variantes (directe, indirecte etc.…)
2 Un régime capitaliste existe dès lors que les individus ont le droit de posséder et de disposer librement des biens de production et des fruits de leur utilisation, ce qui implique notamment qu’ils puissent les échanger librement avec d'autres agents, et donc une économie de marché, et qu’ils puissent déterminer librement leurs arbitrages entre les différentes finalités qui leur sont ouvertes dans l’utilisation de ces moyens, dont le souci de servir les consommateurs, la rémunération des collaborateurs, la recherche du profit et l’accumulation du capital. (Définition de l’Académie française)
3 http://www.dailymotion.com/video/xmnv5y_les-matins-paul-jorion_news
la préservation et l’amélioration du bien-être des personnes avec lesquelles on se trouve fréquemment en contact. La bienveillance met l’accent sur le souci du bien-être des autres. (Items associés : secourable, honnête, indulgent, responsable, loyal, amitié vraie, amour adulte ainsi que [sentiment d’appartenance, un sens dans la vie, une vie spirituelle]).
compréhension, estime, tolérance et protection du bien-être de tous et de la nature. (Items associés : large d’esprit, justice sociale, égalité, un monde en paix, un monde de beauté, unité avec la nature, sagesse, protégeant l’environnement ainsi que [harmonie intérieure, une vie spirituelle]).


mercredi 30 novembre 2011

Grandir dans la crise




Un texte du Conseil Famille et Société de la Conférence des évêques de France1 qui est passé inaperçu et notamment auprès de nombreux catholiques. 


Pourtant, dans une république laïque, se ne sont pas nos clercs qui peuvent agir, mais bien les laïcs en orientant leurs mobilisations et leurs choix de vie.




 A lire donc. 


I Les leçons de la crise
Le mot « crise » vient d’un verbe grec qui signifie trier, choisir... discerner et juger. La crise du monde actuel invite à faire un tri entre ce qui marche et ce qui ne marche pas dans notre société, à porter un jugement sur le monde dans lequel nous vivons. Nous y lisons des sujets d'émerveillement : la chute de dictatures, la réunification de l'Europe, la progression du niveau de vie de pays pauvres, des prouesses technologiques. Pourtant nous y lisons des signes d’inquiétude et d'angoisse. C’est une crise à la fois écologique, alimentaire, financière, sociale… Notre monde est un monde porteur de contradictions, cela révèle en fin de compte une crise du sens.
Le rêve libéral
Depuis la fin des régimes communistes, 1989, le monde libre et démocratique croyait avoir gagné : la libéralisation généralisée des échanges allait faire le bonheur de tous les peuples. Certes la richesse globale des peuples a augmenté, mais les inégalités ont crû au même rythme.
La consommation des ménages étant insuffisante pour garantir la croissance, on a facilité le recours au crédit. La spéculation financière a permis à certains de gagner en quelques années plus que d'autres au bout d'une vie de travail. Ce ne sont pas seulement des individus, mais aussi des entreprises qui ont succombé à ce piège : le montant des dividendes reversés aux actionnaires est l'unique critère de réussite. Alors l'entreprise n'est plus une communauté de travail dont l'activité et le savoir-faire enrichissent la société, mais elle devient une simple machine qui tourne au profit de quelques uns. Des banques ont suivi le même modèle créant finalement une bulle financière qui éclate en 2008. Les attaques contre l'euro et certains Etats montrent que le but de ces institutions est le profit à tout prix, même si cela doit contribuer à la faillite de certains Etats. Cela démontre d’une part l'illusion de l'autorégulation des marchés, d’autre part la crise de sens et de confiance qui secoue aujourd’hui notre société. Ce n'est pas seulement le système bancaire, le niveau de rémunération des traders qui sont en cause, mais le rôle du travail, de l'argent, de la consommation, du partage des richesses qui sont à revisiter.
L'économie de marché a des limites : elle ne peut satisfaire tous les besoins. La loi de l'offre et de la demande fait que le marché stimule la création de richesses là où existe un pouvoir d'achat, elle ne stimule pas la création des biens les plus élémentaires (eau, nourriture de base) pour les pays ou les personnes qui n'ont pas les moyens de se situer comme acteurs du marché. Le libéralisme économique conduit à une vision très utilitaire des rapports humains et porte atteinte à la cohésion sociale. La solidarité nécessite d'autres initiatives.
Pendant longtemps la croissance économique, par le jeu de la mutualisation des risques de la vie, a fait que la personne se savait épaulée par la collectivité. Aujourd'hui, le développement économique n'inspire plus confiance2, faisant parfois naître un sentiment d'insécurité : chômage, problèmes écologiques, sécurité alimentaire ; l'Etat a des difficultés à assumer le coût des acquis sociaux : retraites, assurance maladie.
Le projet libéral de société
Le libéralisme économique offrant comme seul horizon la consommation de toujours plus d'objets matériels réduit l'homme à un rôle de producteur/consommateur ; il est en outre une menace pour la planète. Ce manque de vision crée un besoin de sécurité qui fait qu’en fin de compte, les pauvres et les migrants sont vus comme des menaces et les mesures de sécurité supplantent les mesures de solidarité. Cela conduit à souhaiter un nouveau développement, un développement authentique qui consiste à promouvoir tout homme et tout l'homme.
II L'éclairage de la pensée sociale de l'Eglise
Au centre de toute réflexion sur une société juste et bonne, l’Eglise a toujours posé une certaine vision de l’homme. En effet, il existe deux visions de l'homme : une vision utilitariste, individualiste et une vision relationnelle où l'homme est un être social dont le bonheur se construit avec d'autres et non à leur détriment. Parce que être de relation, créé à l'image de Dieu, l'homme a une dignité qui doit être respectée en toute circonstance. Cela exige que des besoins vitaux soient assurés, cela nécessite de combattre l'esclavage, la privation de liberté, l'exploitation économique de l'homme par l'homme. Cela conduit à revisiter des notions élémentaires comme le bien commun, le sens du travail, la solidarité.
1° Le bien commun
Si l'homme est un être relationnel, son épanouissement ne peut en effet se concevoir aux dépens des autres mais avec eux. Le bien commun en effet n'est pas l'addition des biens individuels, il est « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'à chacun de leurs membres, d'atteindre leur perfection d'une façon totale et plus aisée »3. A l'heure de la mondialisation, le bien commun englobe toute l'humanité, mais la consommation privée de biens de plus en plus nombreux n'est pas le bien commun, et notre modèle de consommation lui-même n'est pas durable : il est à la base des problèmes environnementaux. Les envies personnelles ne peuvent être l'unique ressort de l'agir et du jugement, cela implique discernement et volonté d'agir notamment dans le monde du travail.
2° Le sens du travail
Dans le travail, la dimension individuelle et la dimension collective de la vie humaine se conjuguent. Il fournit à l'homme ses moyens de subsistance, et lui permet de prendre sa place dans la société. Le travail participe donc à la dignité de l'homme.
Avec le développement industriel, la dissociation des dimensions objectives et subjectives du travail, le danger de traiter l'homme comme un instrument de production et non comme un sujet subsiste. C'est pourquoi, dans le contexte de la mondialisation, Benoît XVI « insiste notamment sur le fait que le travail doit associer les travailleurs au développement de leur communauté et qu'il doit laisser un temps suffisant à chacun, pour retrouver ses propres racines au plan personnel, familial et spirituel »4.
Dans l'économie postindustrielle, le fait que le travail est sensé contribuer au développement de la communauté, au bien commun, est ignoré. Des activités nuisibles se développent, «le jeu de certaines institutions financières, dans l'attaque de la monnaie européenne ou de certains Etats, en fournit la preuve ». En outre, des individus ont parfois le seul souci de gagner plus que les autres, ils remplacent la culture du travail bien fait par le culte du gain. Ce culte est entretenu par de grandes entreprises menant à des écarts de revenus considérables, mais aussi par des Etats où la fiscalité sur les hauts revenus a baissé au cours des deux dernières décennies. Ce culte finit par apprécier la valeur de l'homme à l'aune unique de ses revenus. Il n'y a alors plus de place pour les dimensions personnelles, familiales et spirituelles de la vie. Il est urgent de remettre en valeur le lien entre travail personnel et service des autres, le bien commun.
Reste le douloureux problème du chômage, les nouvelles technologies (nanotechnologies, technologies de l'information et des sciences cognitives) créeront de nouveaux emplois tout en en détruisant d'autres. Cette période est difficile à vivre, les années à venir demanderont une attention particulière pour la solidarité avec les plus faibles.
3° La solidarité
La solidarité peut prendre des formes multiples, spontanée ou organisée, personnelle ou collective, intergénérationnelle, etc. Cependant une nouvelle forme apparaît qui ne se définit pas tellement par l'aide apportée mais qui vise à permettre le développement des capacités de celui qui est aidé. Quand on propose de participer à un projet commun pour créer quelque chose ensemble, la solidarité devient projet de société.
Cette conception de la solidarité résonne fortement avec la pensée sociale de l'Eglise lorsqu'elle définit la solidarité comme « la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun {…} parce que tous nous sommes responsables de tous »5. Cette approche de la solidarité renvoie aussi à un autre principe fondamental de la pensée sociale de l'Eglise, celui de la destination universelle des biens qu'a fortement rappelé le concile Vatican II : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu'elle contient à l'usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité.{...} Tous les hommes ont le droit d'avoir une part suffisante des biens pour eux-mêmes et pour leur famille »6.
Le principe de la destination universelle des biens lié à celui de la solidarité vue comme développement des potentialités de chacun conduit à une nouvelle compréhension en termes de production des biens et non seulement de leur consommation. Il ne s'agit pas seulement d'assurer à chaque homme l'accès aux biens de la Création, mais surtout de faire que chaque homme puisse se sentir co créateur.
« Ainsi, en prenant en considération la dignité de chaque personne dans toutes ses dimensions, en choisissant résolument de promouvoir le bien commun, en faisant un tri dans les activités économiques ou financières nuisibles à la collectivité, en encourageant chacun à concevoir son travail aussi comme un apport indispensable à la vie commune et en impliquant le maximum de personnes dans des projets communs de solidarité, le lien à autrui redeviendra le fil conducteur de nos existences. Alors ainsi, nous sortirons grandis de la crise »7.
III Vivre ensemble : une coresponsabilité
L’anthropologie chrétienne appelle à mieux saisir la notion de bien commun, le sens du travail humain et de la solidarité fondamentale ; l'homme est appelé à se sentir coresponsable de son prochain dans tous les domaines. Ici s'impose une meilleure articulation entre les actions individuelles et collectives. Il s'agit de faire que les mesures de développement et d'échange répondent aux besoins de tous, y compris des plus pauvres et des plus vulnérables. Aujourd'hui, le cadre de cette coresponsabilité est celui de la mondialisation. Aucune activité humaine n'échappe à cet appel à la coresponsabilité. Ce sens de la coresponsabilité demande à être encouragé dans tous les domaines.
1° Soutenir les initiatives de la société civile
La société civile joue un rôle important pour la qualité de la vie démocratique, ses multiples associations, mouvements, forment un contrepoids important aux tentations de repli, de rejet de l'étranger. La démocratie à taille humaine qui y est pratiquée permet de retrouver la confiance ; les projets qui les fondent sont souvent mus par des valeurs qui dépassent le court terme et le matérialisme ambiant. Par eux, ils ont ainsi une influence humanisante non seulement sur ses membres, mais aussi sur les personnes avec lesquels ils sont en contact.
Préparer l'avènement d'une communauté internationale : alors qu'il n'existe ni gouvernement mondial ni opinion publique internationale, la société civile, forte d'une expérience de terrain au service des plus pauvres, manifeste une forme de conscience mondiale. Elle met en relief des besoins fondamentaux liés à la dignité de toute personne : accès aux biens essentiels, eau, éducation, santé, logement. L'économie sociale et solidaire est un bel exemple de la mise en œuvre de la coresponsabilité à laquelle chacun est appelé.
2° Développer la responsabilité sociale des entreprises
Les entreprises ont une responsabilité sociale particulière : les fautes de l'économie libérale ne doivent pas mener à une condamnation globale de l'entreprise. Il faut rechercher une nouvelle croissance respectueuse de l'environnement et créatrice d'emplois où les entreprises obéissent à des règles de conduite.
Certaines entreprises multinationales, au nom de la coresponsabilité, se sont engagées, au-delà des obligations commerciales, à des engagements volontaires dans quatre domaines :
- responsabilité économique (impôts reversés aux pays hôtes, transfert de savoir-faire) ;
- responsabilité sociale (conditions de travail, de rémunérations) ;
- responsabilité sociale envers les clients et fournisseurs locaux, développement local ;
- responsabilité politique (juste gouvernance de l'entreprise, grilles des salaires, lutte contre la corruption, respect des droits de l'homme).
Le rôle de l’Etat : face aux marchés devenus internationaux, face aux activités abusivement spéculatives, l'intervention des autorités publiques nationales demeure nécessaire pour conserver des règles d'équité et de prudence. L'exemple de la construction d'un marché intérieur européen en administre la preuve.
L'implication des salariés : la responsabilité sociale des entreprises est importante, dans ce domaine ; le rôle des syndicats dans le dialogue social reste incontournable.
Le secteur bancaire et financier : les acteurs de la concertation internationale menée dans le cadre de la crise actuelle ne doivent pas oublier les exigences de la justice sociale. « Leur responsabilité ne concerne pas seulement la réduction des inégalités de rémunération, mais aussi la prise en compte des besoins et de la fragilité des usagers les moins fortunés dont ils tirent en réalité une part importante de leurs ressources. De même qu'en matière d'endettement des Etats, les capacités effectives de développement de pays pauvres ont été négligées par les institutions publiques et privées créditrices »8.
Le courant de l’entrepreneuriat social et de la finance solidaire, qui au-delà de l’engagement commercial sait établir des projets de développement devenant projets communs entre le prêteur et l’emprunteur, associant coopération, participation aux décisions et solidarité, représente une référence pour la réforme des modes de gestion d’entreprises financières de tailles plus considérables.
3° Encourager les médias à former une conscience politique
Les médias omniprésents contribuent à former ou à déformer le lien social. Ils contribuent, mais pas tous, au bon fonctionnement de la démocratie. Parmi les médias de masse, très dépendants de la publicité, on note une dérive vers une information légère ou people ; alors que les médias devraient être comme les vigiles de la démocratie proposant des outils d’analyse et des clés de lecture. Le succès des blogs démontre qu’il existe une attente d’une communication bidirectionnelle, sans déformation de la pluralité des opinions, des points de vue culturels et religieux ; ils ont à jouer un rôle pour la formation d’une conscience citoyenne.
4° Réhabiliter la politique
La crise révèle l’importance du politique dans la préservation de la paix entre les nations : le rapprochement des peuples ne peut être le fruit des seuls échanges économiques, il faut aussi le souci pour autrui. Or « les démocraties souffrent … d’un retour en force, notamment en Europe, d’une forme de populisme nationaliste qui met aussi en danger la capacité de vivre ensemble au sein de la communauté nationale ». Les citoyens sont donc appelés à accepter les exigences de la justice sociale pour que tous aient une place dans la collectivité.
- Ordre multilatéral et principe de subsidiarité : Les grandes négociations internationales sur le climat, la prévention des crises financières méritent d’être encouragées. Il faut dans d’autres domaines maintenir le principe de subsidiarité qui fait qu’est résolu au niveau national, ce qui peut l’être, le niveau supérieur n’intervenant que si la capacité d’une nation ne permet plus de préserver les biens essentiels. Mais « un vrai effort de créativité est nécessaire pour penser la prise en charge multilatérale de domaines aussi divers que la finance, le climat ou les migrations, qui ne peuvent plus être régulés au niveau national »9.
- Ouverture internationale, cohésion nationale et justice sociale : les craintes que suscitent la mondialisation et la diversité culturelle ou religieuse au sein de pays européens sont dues à l’indifférence face à l’accroissement des inégalités dans les rémunérations, l’enseignement, la justice, les moyens de communication. Cette indifférence multiple peut générer un sentiment d’abandon voire d’exclusion. C’est pourquoi il est important « que les responsables publics soient attentifs aux conditions d’une réelle équité dans la distribution des richesses, la soumission de tous aux exigences fiscales, l’accès universel aux moyens collectifs et personnels du développement »10.
L’application de ces principes est confiée à la vigilance des citoyens, sinon le pouvoir est confisqué par des intérêts particuliers, « l’abstention aux élections donne ce pouvoir à d’autres ». Mais le vote n’est pas toute la politique, celle-ci peut prendre la forme de l’adhésion à un parti, d’un esprit de participation, ou tout simplement le paiement des impôts.

1 Editions Bayard/Cerf/Fleurus-Mame, février 2011, 90 p.. L’avant-propos est daté du 31 janvier 2011.
2 Caritas in veritate, n° 35.
3 Gaudium et spes, n° 26, § 1.
4 Caritas in veritate, n° 63.
5 Jean-Paul II, Solicitudo rei socialis, n° 31.
6 Gaudium et spes, n° 69.
7 Grandir dans la crise, p. 58.
8 Grandir dans la crise, p. 71.
9 Grandir dans la crise, p. 80.
10 Ibid. p. 81.

mardi 29 novembre 2011

Apprendre l’art des petits pas.









Ne pas demander des miracles ou des visions, mais la force pour le quotidien.

Etre attentif et inventif pour saisir au bon moment les connaissances et expériences qui nous touchent particulièrement.

Affermir les choix dans la répartition de son temps.

Sentir ce qui est essentiel et ce qui est secondaire.

Avoir la force, la maîtrise de soi et la mesure.

Ne pas se laisser emporter par l’agitation, mais organiser avec sagesse le déroulement de la journée.

Faire face aussi bien que possible à l’immédiat et reconnaître l’heure présente comme la plus importante.

Reconnaître avec lucidité que la vie s’accompagne de difficultés, d’échecs qui sont occasions de croître et de mûrir.

Etre un homme capable de joindre ceux qui sont au fond.

Avoir non pas ce que l’on souhaite, mais ce dont on a besoin.

Apprendre l’art des petits pas.

(Antoine de Saint-Exupéry.)